Je me souviens de multiples anecdotes de ma vie parisienne. Alors responsable d’agence dans un grand groupe bancaire, j’étais l’attraction favorite et le souffre-douleur chéri des bourgeois du quartier. Un monsieur d’un certain âge est même allé jusqu’à me demander si je parlais ‘notre langue’ et surtout pourquoi c’était pas un homme le responsable ("Ils n'ont pas trouvé un homme pour faire ça ?" et s'adressant à un gestionnaire masculin: "Monsieur vous devriez avoir honte qu'une femme commande ici !"). En société, dès que je disais le nom de mon employeur on me demandait si j’étais au guichet ou à l’accueil. Parce que c’est bien connu, lorsque l’on est une femme noire et que l’on travaille dans une banque c’est forcément au guichet. [Spéciale dédicace à mes copines guichetières ; je vous adore et je trouve que vous faîtes du très bon boulot !]
A mon retour à Abidjan, je n’espérais pas ne plus subir ce machisme ; bien au contraire. Pourtant, force est de constater que j’ai été très agréablement surprise. En Côte d’Ivoire, le conflit ne se situe pas (du moins de mon point de vue et selon mon expérience) au niveau des sexes mais des âges. On ne me trouve pas trop femme mais trop jeune pour le poste que j’occupe. Bref… il y a des choses à dire mais ce n’est pas le sujet de ce post. Moins de machisme qu’à Paris et je ne m’en plains pas. Seule remarque : je reçois souvent des courriers qui me sont adressés et qui m’irritent. « A l’attention de Monsieur Le Directeur des … », « Cher Monsieur »… J’estime que lorsque l’on ne connaît pas son interlocuteur, une lettre à l’attention de la « direction des … » et un « Cher Monsieur, Chère Madame » sont plus appropriés. Aux chercheurs d’emplois, ceci n’est qu’un conseil. A vous d’en faire ce que bon vous semblera…
Pour revenir à nos moutons, niveau boulot donc, machisme peu marqué. Mais dans la ‘vraie’ vie de Babylone, les choses sont très différentes. A commencer par la résidence de mes parents. Vendredi soir, dîner en famille : un bon poulet braisé et du bon poisson comme je les aime. Je remarque tout de suite que les gésiers ont été réservés dans une assiette placée en isolement. Je demande l’explication à ma mère qui me répond naturellement que c’est pour les hommes. C’est bien connu que les gésiers des poulets sont mangeables uniquement par les êtres humains de sexe masculin. Je n’ai rien ajouté à la théorie du gésier de maman mais je peux vous assurer qu’aucun homme n’a mangé de gésiers ce soir-là. L’assiette a été kidnappée ; le coupable est toujours en cavale. Paix aux âmes des gésiers.
Samedi matin, comme pour me punir de mon forfait de la veille, le pneu de ma voiture éclate. Cinq minutes de conduite déséquilibrée plus tard, je me gare dans une station et demande au pompiste si quelqu’un peut me changer le pneu.
- Vous avez un pneu de secours ?
- Oui dans le coffre. Heureusement hein.
- Ah monsieur va pas être content.
- Quel monsieur ?
- Le propriétaire…
- De quoi ?
- De la voiture…
- C’est ma voiture monsieur.
- Une grosse voiture comme ça pour une femme ? Mais pourquoi il t’a acheté ça ?
- …. [Je meurs d’envie de monter sur lui mais bon… Self control, mon autre prénom durant le weekend]. Monsieur svp, faîtes le pneu là je vais partir…
- [15 minutes plus tard] OK c’est bon faut partir mais faut lui dire il n’a qu’à changer voiture là !
- [Self control… Mais mon ami, sois sûr que tu n’auras pas un rond de pourboire !]
Après cette petite tracasserie, et dans la foulée de mes nombreuses courses, je me fais aborder par un énième zozo :
- Je peux vous inviter à boire un pot ?
- Non.
- Mais svp on peut…
- Quelle est la partie de ‘non’ que vous n’avez pas comprise ?
- Mais TU te prends pour qui ? TU crois que tu es belle quoi ? ##### zggggggggggggggghhhhhhhjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjxxxxxxxxxx####################
Décidément il n’est pas aisé d’être une femme dans les rues de Babi en ce samedi de juillet. J’ai mérité une bonne bouteille ; surtout que je n’ai aucune intention de mettre le nez dehors en soirée. Je me dirige donc vers ce nouveau caviste dont m’a parlé un Homme hier au boulot. Belle déco, bon accueil, je retrouve le sourire et ma bonne humeur.
- Oui bonsoir, est ce que quelqu’un pourrait me conseiller ?
- Oui, monsieur boit quoi en général ?
- [Est-ce que je peux tuer quelqu’un, là maintenant svp ?]
Vie De Meuf.
Mais, pour rien au monde, je ne voudrai devenir un mec !
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