Je me souviens du noir, des larmes et du Jack. Je me souviens de voix que je n’écoutais pas. Je ne me souviens pas d’oreilles qui auraient pu m’entendre et me comprendre. Des semaines de solitude et d’isolement, à ressasser, à déprimer, à supporter la vie et les conseils de personnes qui m’aimaient mais ne comprenaient pas. Un des pires moments de ma vie.
L’amour pardonne tout et j’étais prête à pardonner. L’amour est patience et j’étais prête à attendre malgré les sarcasmes, les humiliations, malgré le temps et l’attente. En l’espace de quelques jours je m’étais métamorphosée : moi la femme de fer, caractérielle à souhait, enjouée et volontaire, j’étais devenue une pauvre fille passive, triste, impuissante et résignée. J’attendrai le temps qu’il faudra… Ma sœur m’avait rétorqué : « Tu attendras le temps que ça passe… ». Selon elle, je n’étais ni la première ni la dernière à être abandonnée par un homme. Seulement, elle ne saisissait pas : notre histoire à nous était particulière, différente, on s’aimait à la folie et on serait morts l’un pour l’autre. Une histoire d’adolescents qui s’était muée en affaire de grands. De la galère parisienne au luxe barcelonais, de son asthme handicapant à mon hypertension, nous étions toujours et en tous temps restés soudés. Pas de mensonges, de tabous ni de secrets. La tolérance, la vérité et l'écoute étaient les maîtres mots de notre duo. On nous prenait même souvent pour des frère et sœur tant la ressemblance physique et la complicité étaient flagrantes. Mon petit homme à moi, mon grand garçon, mon amour, mon âme sœur.
Bien sûr, il y a eu des problèmes, des disputes, de l’incompréhension… Mais nous avions toujours crû fermement que nous finirions ensemble… no matter what ! La grande maison basse, les enfants, la croisière autour du monde… Nous avions un rêve et j’aurai pu attendre cinq ans, dix ans, toute la vie… pour espérer fermer les yeux.
Certains évènements peuvent changer le cours d’une vie : un décès, une rencontre, un mariage, une promotion dans un pays étranger, un mail…
Le temps passant, je dus, dans la douleur, me résoudre à ranger ses affaires restées dans la maison : des CDs, des photos, des vêtements, des courriers, et un agenda où je trouvai le mot de passe de sa messagerie. Je suis la curiosité incarnée. Je cherchais des réponses. J'ai trouvé un mail envoyé par l’ex-amour de ma vie à l’unique amour de la sienne :
« Ma petite Carine,
Tu es la personne que j’aime le plus au monde et que j’ai toujours aimée. Je te demande pardon. Je te demande pardon parce que j’étais trop jeune et trop lâche pour l’assumer. Je te demande pardon parce que je t’ai abandonné il y a 15 ans. Je cherchais à fuir ce que je ressentais pour toi et je me suis plongé dans cette relation avec X. Je me rends compte dix ans après que je ne pourrai jamais vivre sans toi. On ne pourra jamais l’avouer aux parents mais au moins on sera heureux. Tu es et seras toujours tout pour moi. Ma vie t’appartient ma petite sœur adorée. »

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